Du nouveau pour les futurs porte greffes

Texte aimablement autorisé du journal:

Horizons et débats

Espoir pour de nouvelles sortes de pommes résistantes

De très anciennes sortes de pommes trouvées en Asie centrale, résistantes au feu bactérien et à la tavelure

par Klaus Gersbach, président de Fructus (Association pour la promotion d’anciennes sortes de pommes), www.fructus.ch

Le jardin d’Eden se trouvait peut-être en Asie centrale. Et peut-être qu’Adam et Eve ont été chassés du paradis parce qu’ils ont goûté au Malus sieversii. Cette sorte de pommes et quelques autres – dont descend notre pomme de table Malus domestica – ont leur origine dans de véritables forêts vierges de pommiers dans la région d’Asie centrale du Kazakhs­tan et de Kirghizie. Elles font aussi partie de la plus grande collection de sortes de pom­mes du monde, celle de l’Institut de recher­ches Cornell-Geneva dans le Nord de l’Etat de New York, USA. Là-bas, Phil Forsline, qui travaille pour l’Office fédéral de l’Agriculture USDA, est responsable d’un projet de culture qui pourrait révolutionner la production de pommes dans le monde entier. Il a expliqué à un groupe de spécialistes suisses en cul­ture de pommes pourquoi les propriétés des pommes primitives sont si précieuses pour la culture de nouvelles sortes de pommes et de porte-greffes résistants aux maladies.

La plupart des sortes actuelles en Amérique du Nord sont issues des graines des fruits amenés d’Europe par les immigrants du XVIIe jusqu’au XIXe siècle. Ce «pool généti­que» est aussi appelé «pool génétique Johnny Appleseed» parce qu’un certain John Chap­man (surnom: Johnny Appleseed), un mis­sionnaire du Massachusetts a semé et ob­servé pendant 50 ans un grand nombre de graines de pommes d’Europe et il les a en­suite plantées dans tout le Middle West. On a continué à sélectionner les descendants de ces graines, surtout en vue de leur couleur et de leur grandeur. Ainsi, à partir d’une Red De­licious presque incolore sont issus différents types de Red Delicious d’un rouge profond. La Golden Delicious, la McIntosh et la Jona­than sont également issues de ce pool généti­que. Toutes ces sortes ont les mêmes origines: Malus x domestica de l’Asie centrale.

Mais aux USA existent aussi des pommes sauvages vieilles de plus de 1000 ans qui ont dû être introduites jadis par les Indiens de­puis l’Asie en passant par le détroit de Bé­ring. Dans la collection de Geneva il y en a aussi des descendants.

Petite histoire de la simplicité génétique

On peut prouver de plus en plus clairement que les sortes de pommes actuelles ont déjà été apportées en Europe de l’Ouest depuis l’Asie centrale par les Grecs et les Romains. En plus, les commerçants ont dispersé les plantes tout au long de la route de la soie.

Dans l’hémisphère sud, les sortes domi­nantes comme la Granny Smith et la Gala sont également génétiquement très ressem­blantes aux sortes des USA. La Granny Smith par exemple a été découverte en 1868 à Sid­ney Eastwood, en Australie. Elle est issue des graines de ces arbres qui ont été plan­tés dans les premières cultures de semences de fruits en 1788 en Tasmanie; ces arbres, de leur côté, avaient leur origine en Angleterre. Ainsi, presque toutes les sortes de pommes actuelles ont mondialement des propriétés génétiques très semblables.

Expéditions aventurières dans la patrie de la pomme

Nouveaux et différents sont maintenant les greffons et les graines du Caucase, du Ka­zakhstan, de la Chine et de la Russie, qui ont été rassemblés entre 1989 et 1999 dans sept expéditions financées par l’Office de l’Agri­culture des USA (USDA). L’objectif était l’élargissement de l’étroite base génétique des pommes de table. Dans les forêts vierges de pommiers de l’Asie centrale, on a rassemblé du matériel de plantes et on l’a transféré en­suite à la banque génétique à Geneva NY. On a emmené surtout du matériel de la «pomme primitive» Malus sieversii, qui est certaine­ment l’une des plus importantes ancêtres de nos sortes actuelles de la Malus domestica.

Phil Forsline a participé à toutes les expé­ditions. Lors de la visite de l’immense verger de pommiers il raconte: «Pour arriver dans les montagnes du Caucase nous avons souvent dû utiliser l’hélicoptère et effectuer de longs tra­jets en jeep sur de mauvaises routes poussié­reuses et faire de longs tours à pied. Mais ce que nous avons trouvé là-bas, nous a permis de doubler l’étendue du patrimoine génétique de notre collection à Geneva. Cet effort nous a fait avancer scientifiquement. Cela nous a per­mis de connaître la genèse des pommes des millénaires en arrière. Nous avons pu consta­ter que la diversité des variétés de pommes est beaucoup plus large qu’on ne l’attendait. Nous connaissons maintenant par exemple Malus augustifolia avec des feuilles pennées ou bien aussi Malus ombrophila qui ressemble à des petits Nashi avec ses fruits brun foncé et les grandes cellules lentis blanches.

Les porteurs d’espoir dans la culture de résistance

Ce qui est très prometteur pour les cultivateurs ce sont des sortes de Malus sieversii qui ont été trouvées pendant les expéditions au Ka­zakhstan. Parmi eux, il y en a beaucoup qui ont des propriétés de résistance très précieuses. En plus, leur qualité de fruit est très semblable aux sortes de fruits de table actuelles. Les sor­tes sauvages, qui ont été utilisées dans la cul­ture pour augmenter la résistance, ont souvent des fruits très petits. L’exemple le plus connu est la Malus floribunda: La plupart des sortes produites actuellement, résistant à la tavelure doivent cette propriété à cette petite pomme. Quelques sortes de la Malus sieversii par con­tre n’ont pas seulement une résistance contre la tavelure mais aussi contre le feu bactérien, et elles ont la grosseur de fruit souhaitée. Avec un tel matériel, les buts de cultures demandées ac­tuellement peuvent être atteints plus vite parce que la grosseur requise du fruit existe déjà.

Les résultats des premiers tests sont très prometteurs: Pas moins de 25% des sortes testées du Kazakhstan se sont avérées résis­tantes à la tavelure. C’est d’autant plus posi­tif que les résistances se sont développées par une sélection naturelle.

Patrimoine génétique du Kazakhstan également dans la culture de pommes en Suisse

Dans le monde entier, dans diverses institu­tions de recherche, sept variétés différentes de la série du Kazakhstan sont testées comme croisements avec la pomme Gala. Dans les descendants on a observé 67% ayant une ré­sistance à la tavelure et jusqu’à 30% ayant la résistance au feu bactérien.

A l’institut de recherche Agroscope (ACW) à Wädenswil également, le cultiva­teur de pommes, Markus Kellerhals, a reçu, il y a deux ans, du matériel de dix sortes de la Malus sieversii résistantes au feu bactérien de la collection de Phil Forsline. Cette année à Wädenswil, on a pu effectuer les premiers croisements. Il y a également des descendants de Malus robusta 5 à Wädenswil. Kellerhals collabore dans ces expériences aussi avec la station de recherche de Dresde-Pillnitz, qui dispose dans sa banque génétique de diffé­rentes variétés de Malus sieversii.

Pommes du Caucase pour des porte-greffes sains

Les capacités de résistance sont également d’actualité pour la culture des porte-greffes. Les vieilles forêts fruitières du Caucase sont de véritables coffres à trésor pour des types de racines résistantes. Forsline nomme comme exemples les résistances trouvées contre le Phytophthora cactorum (pourriture du collet), mais aussi celle contre le Rhizoctonia solani, un champignon qui semble être responsable des problèmes rencontrés dans les cultures de fruits pour la reproduction.

Prometteuse semble être aussi la résistan­ce contre le feu bactérien utilisée dans la cul­ture, laquelle a été trouvée avant tout dans la sorte Malus orientalis, pomme du Caucase trouvée au Caucase russe et dans la région de Sichuan. Cette résistance contre le feu bacté­rien est spécialement précieuse pour la cultu­re des porte-greffes, parce que le matériel dis­ponible de Malus orientalis présente un bon état virologique et qu’il est robuste contre di­verses autres champignons du sol.

Deux de ces porte-greffes nommés Kazak ont subi des tests extrêmes concernant le feu bactérien et la pourriture du collet et sont déjà dans les programmes de culture de porte-gref­fes de Gennaro Fazio, cultivateur de Geneva NY. Fazio a conduit le groupe de voyage à travers ses champs d’essai et il pense qu’une génération de porte-greffes résistants contre le feu bactérien pourrait être prête dans cinq ans. Des porte-greffes habituels résistants contre le feu bactérien de Cornell Geneva (CG) sont des croisements de sortes tradition­nelles avec Malus robusta 5. Une alternative à la M 9 est par exemple la CG 41, un croise­ment de M 27 x Malus robusta 5. Des pom­miers avec de telles bases se trouvent aussi en Suisse chez Agroscope à Wädenswil et chez FiBL à Frick.

Malheureusement, en Suisse il n’y a pas encore de licence et ces porte-greffes ne sont donc pas à disposition dans la pratique. Le pé­piniériste thurgovien Erich Dickenmann, qui a fait partie du groupe à Geneva, a essayé jus­qu’à présent en vain d’obtenir une licence; mais il dit qu’il fera tout son possible pour ob­tenir bientôt des porte-greffes résistants contre le feu bactérien pour la culture des arbres. Fi­nalement, Dickenmann a fait aussi des efforts pour obtenir une licence de Gennaro Fazio, et cela à plusieurs reprises.

Les participantes et les participants du groupe de voyage ont été très impressionnés par cette immense et certainement unique collection de sortes de pommes. Ils sont per­suadés que les productrices et les producteurs suisses auront également à disposition, dans un avenir proche, une nouvelle génération de sortes et de porte-greffes obtenue par des mé­thodes naturelles.

Rapport partiel du voyage de professionnel des fruits du 19 au 23 août 2009, organisé par Klaus Gersbach, Strickhof, Fachstelle Obst, et président de Fructus.

Source: Fructus, no 94, décembre 2009

(Traduction Horizons et débats)

Phil Forsline. (photo fructus)

Du Canada

Le Canada aussi a pris le virus des anciennes variétés, visitez le site:

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/affaires/agro-alimentaire/200909/25/01-905716-varietes-oubliees-les-fruits-entrent-au-musee.php

voir aussi "Les pommes qui se font concurrence"

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/affaires/agro-alimentaire/200909/19/01-903622-ces-pommes-qui-se-font-concurrence.php

Et pour rêver un peu, rendez vous sur:

http://link.brightcove.com/services/player/bcpid1785324681?bclid=1338935106&bctid=1913313052